- Rédacteur en chef adjoint au
Nouvel Observateur, Hervé Algalarrondo publie un essai
propre à désespérer une partie de la gauche:
"Sécurité: la gauche contre le peuple"
(Robert Laffont), un essai «très politiquement incorrect»
sur la trahison dans ce domaine des élites socialistes
à l'encontre du peuple.
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- Dans le sondage,
l'approche sécuritaire progresse, y compris dans l'électorat
de gauche. Est-ce une surprise pour vous?
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- Hervé ALGALARRONDO: Il
n'est nullement surprenant que l'électorat de gauche soit
aujourd'hui aussi «sécuritaire» que l'électorat
de droite. Dans mon livre je m'en prends à une équation
complètement fausse: mesures sécuritaires=mesures
droitières, voire mesures fascisantes. Ça, c'est
le discours d'élites culturelles parisiennes totalement
coupées du réel. Mais en Seine-Saint-Denis ou dans
la banlieue lyonnaise, l'électorat de gauche demande davantage
de sécurité, comme l'électorat de droite.
J'aurais envie de dire: ni plus ni moins. En France, on met de
l'idéologie à toutes les sauces. Les parents qui
souhaitent que leurs enfants puissent évoluer tranquillement
dans leurs quartiers ne sont ni de droite ni de gauche: ce sont
des parents.
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- Est-ce la fin de
la «vitalité de Mai 68» que vous décrivez
dans votre livre?
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- Hervé ALGALARRONDO: Hélas
non. L'intelligentsia de gauche se refuse à opérer
cette conversion. Elle continue de voir dans le moindre accroissement
des pouvoirs de la police et de la justice une menace pour les
«libertés». Elle continue d'éprouver
davantage de compassion pour les délinquants que pour
les victimes. Après les élections, le gouvernement,
qu'il soit de gauche ou de droite, continuera de se heurter à
ce que j'appelle le «parti des droits de l'homme»:
il ne se résigne pas à répudier l'angélisme.
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- La gauche gouvernementale
revient de loin. On la crédite dans les sondages de pouvoir
répondre aux aspirations des citoyens sur la sécurité.
Est-ce une embellie passagère ou une illusion d'optique?
Vous parlez de «vrai-faux virage sécuritaire».
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- Hervé ALGALARRONDO: En
réalité, l'opinion attend désespérément
que la gauche et la droite gouvernementales s'attaquent sérieusement,
sans démagogie mais sans faux fuyant, à l'insécurité.
En ce qui concerne le PS, la mue est loin d'être achevée.
Lionel Jospin a cru, «naïvement», que le recul
du chômage suffirait à faire reculer la délinquance!
Cela révèle un degré d'incompétence
sociologique maximum. Les Etats-Unis sont proches du plein emploi:
cela ne les empêche pas de connaître une très
forte délinquance, même si elle est en baisse, contrairement
à ce qui se passe en France. Beaucoup d'intellectuels
de gauche sont très éloignées des préoccupations
populaires. Mais il reste prisonnier d'un «sécuritairement
correct» largement façonné par Mai 68.
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- Le PCF, pour sa
part, semble avoir abandonné en route la classe ouvrière...
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- Hervé ALGALARRONDO:Je pointe
dans mon livre un fantastique paradoxe dont on parle peu: les
demandes sécuritaires sont très fortes chez les
ouvriers; or le «parti de la classe ouvrière»
s'en tient sur la sécurité à des positions
d'un angélisme outrancier. C'est d'autant plus ridicule
que l'intellectuel communiste est devenu une denrée rare.
Lénine demandait aux communistes de ne pas «se couper
des masses». Le PCF de Robert Hue est un groupuscule gauchisant
totalement «coupé des masses».
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- Un bon baromètre
est ce que vous appelez le «racisme antipolicier».
Peut-on envisager une conversion sincère sans revenir
sur cette démonisation?
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- Hervé ALGALARRONDO: Parmi
les slogans de Mai qui ont modelé le «sécuritairement
correct», il n'y a pas seulement «il est interdit
d'interdire». Il y a aussi «CRS-SS» et «A
bas l'État policier». Là encore, il existe
un divorce entre le peuple et les élites.
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- Dans les zones sensibles, on réclame
davantage de présences policières qui sont la plupart
du temps à l'origine des incidents ou des drames dans
les banlieues. C'est aberrant, mais c'est ainsi. On ne fera pas
reculer l'insécurité sans réhabiliter la
police.
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