Guillaume BIGOT

 

La vérité de Ben Laden

Dans notre monde désenchanté, tout commence en mystique et tout finit en profits. Et si justement la logique du djihad de Ben Laden reposait sur le pari, peut-être pas si insensé, que nous ne croyons plus en rien de sacré ? Et si son fanatisme n'était que l'envers de notre zombisme ?

Effectivement, le monde rêvé des fanatiques est bien l'envers du nôtre:

Tandis que le fanatique se veut l'esclave de Dieu (islam veut dire soumission), le zombie revendique fièrement qu'il n'est esclave de personne sauf de ses désirs. En Occident, la publicité invite les consommateurs à ne jamais résister à la tentation.

Pour le fanatique « Tu ne connais pas le livre d'Allah ? Tu laisses ta fille sortir dévoilée ? Tu laisses ta femme travailler et fréquenter le monde des hommes ! C'est de la zina (fornication), ça! ».

Chez les zombies, lors du casting de la seconde édition de l'émission Loft Story, une mère de famille s'émerveillait des prouesses sexuelles de sa fille qui, dans un reportage, traitait les hommes de "p'tits crunchs" qu'elle consommait sans modération.

Ceci montre bien la troublante symétrie des dérives fanatiques et zombiques : exhibition, surexposition d'un côté, étouffement, dissimulation totale de l'autre.

Pour le fanatique la violence non seulement à l'égard des jeunes mais aussi à l'endroit de tous ceux qui refusent de se soumettre à la lettre aux prescriptions religieuses, est encouragée. La violence? «Seul moyen, selon Hassan al Banna, de ramener les gens à Allah! »

Pour les zombies, la violence fonctionne désormais comme un tabou absolu. Aucune violence, même verbale, ri est plus tolérée. Les enseignants dans les collèges se laissent le plus souvent insulter, tabasser, molester par des gamins. Il est vrai que riposter physiquement, même par une simple gifle, peut coûter cher. Les tribunaux condamnent lourdement les moindres atteintes à l'intégrité physique des personnes. Ainsi, la télé-réalité voyeuriste a censuré les images du Loft où l'on pouvait voir les participants se battre. Comment peut-on être méchant? Plus doucereuse encore, la chaîne M6 modifia son système de vote pour éliminer les candidats du Loft. Au début de ce jeu, les téléspectateurs étaient invités à désigner le candidat ou la candidate qu'ils voulaient voir «partir». Trop violent, jugea la production, qui, avec une confondante hypocrisie, modifia le système de sélection. Désormais, on ne choisira plus qui part mais qui reste ! Et que dire de ces adolescents attardés qui pleurnichaient lorsque l'un d'entre eux quittait le Loft?

On est fasciné par la superposition de ces deux humanités malades : d'un côté, le zombie pleurant parce qu'il ne reverra plus son camarade du Loft avant quelques semaines et, de l'autre, le fanatique qui tranche tranquillement la tête de sa victime.

Alors que les dix commandements du Zombie deviennent dix suggestions, accompagnées d'une onzième : « Tout, tu toléreras ! », les fanatiques ne doutent plus de rien, ils sont désormais prêts à tout pour faire triompher leurs certitudes.

Lorsqu'un conflit met aux prises deux systèmes, il devient insoluble.

Ce que nous nous efforçons de refouler par tous les moyens, ils nous le crachent au visage. Si tout ce qu'ils disent de nous paraît outrancier, ordurier et moralement inacceptable, ce n'est cependant pas faux. Leurs caricatures, soyons honnêtes, sont même criantes de vérité.

Extrait du livre "LE ZOMBIE ET LE FANATIQUE"

de Guillaume BIGOT.