- Quand la seule superpuissance, qui
a surtout le monopole de la force, annonce ouvertement : nous
utiliserons la force et la violence comme bon nous semble et
si ça ne vous plaît pas, dégagez, les gens
ont quelque raison de s'effrayer.
-
- Incidemment, la réaction qui
a suivi la première guerre du Golfe était identique.
Cette guerre a été vue aux États-Unis comme
un triomphe de moralité et de courage. Mais si vous regardez
ailleurs, il en allait bien autrement.
-
- Aussitôt après la fin
de la premiere guerre du Golfe, il y eut un soulèvement
dans le sud de l'Irak, sous les yeux des militaires américains,
qui dominaient toute la région à cette période.
Les rebelles ne réclamaient pas un soutien américain.
Tout ce qu'ils réclamaient, c'était d'accéder
à l'équipement militaire irakien et d'avoir une
certaine protection contre la réaction de Saddam Hussein.
Les États-Unis refusèrent de l'accorder. Ils refusèrent
de laisser les rebelles accéder à l'équipement
irakien capturé. Ils n'empêchèrent pas les
hélicoptères irakiens de les massacrer.
-
- Norman Schwarzkopf prétend maintenant
que nous avons été « baisés »
par les Irakiens. Nous n'avions pas compris qu'ils massacreraient
les gens avec leurs hélicoptères. Bigre, comme
on a été cons ! Et nous sommes censés croire
ça.
-
- La réalité des choses,
c'est que l'administration Bush s'est tenue coite pendant que
Saddam Hussein procédait à une répression
brutale et meurtrière du soulèvement dans le Sud.
Après quoi il s'est tourné vers le Nord pour faire
la même chose contre un soulèvement kurde. Cette
fois encore, les Américains n'ont pas levé le petit
doigt, jusqu'à ce que la pression publique devienne si
forte qu'ils soient obligés de faire semblant d'agir.
Ils n'ont pas fait grand-chose, du reste, car ils voulaient que
Saddam Hussein écrase les soulèvements et garde
le pays uni. Tout cela était très clair. Ils l'ont
dit à l'époque : « Nous devons préserver
la stabilité, garder une main de fer au pouvoir;. »
-
- Le régime des sanctions contre
l'Irak aura duré dix ans. Tous nos renseignements indiquent
l'impact atroce qu'il a eu sur les gens de la rue. C'est un crime
majeur. Vous vous rappelez les commentaires de Madeleine Albright
lorsqu'on l'a interrogée là-dessus à la
télévision nationale : «Comment réagissez-vous
aux témoignages indiquant qu'un demimillion d'enfants
irakiens sont morts à cause des sanctions?» Elle
a répondu que le choix avait été difficile,
mais «nous pensons que cela en valait la peine».
C'est indubitablement un crime majeur, à mon sens, de
tuer un demi-million d'enfants irakiens, si c'est le chifre.
C'est ce qu'elle a accepté.
-
- Nous devons aussi nous rappeler que
les bombardements de 1991 et les sanctions constituent une forme
de guerre biologique. Ils consistent à utiliser en fait,
et non potentiellement, des armes de destruction de masse. Lorsqu'on
détruit les systèmes de traitement de l'eau, les
égouts et le réseau électrique, cela équivaut
à répandre les bactéries qui entraîneront
des maladies. Cela s'appelle de la guerre biologique.
-
- Si vous prenez la liste des principaux
récipiendaires de l'aide américaine, chacun d'eux
ou presque est en violation majeure des droits de l'homme. Cela
est souligné chaque année par les organisations
des droits de l'homme, par exemple Human Rights Watch. Parcourez
la liste des récipiendaires principaux. C'est vrai de
chacun d'eux. À l'Ouest, le principal bénéficiaire
de l'aide militaire tout au long du début de la décennie
1990 a été la Colombie, qui détient le record
en matière de violation des droits de l'homme.
-
- Israël occupe une partie du Sud-Liban
en violation d'une résolution du Conseil de sécurité
de l'ONU de mai 1978, unanime en l'occurrence, lui ordonnant
de se retirer sur-le-champ et inconditionnellement. Les ÉtatsUnis
lui ont dit : ne vous en souciez pas. Alors l'envahisseur est
resté. Il n'a pas cessé de mener des attaques terroristes
dans l'ensemble du Liban. Des prisonniers ont été
torturés en Israël même. Il y a eu une dure
répression dans les territoires occupés et des
appropriations illégales de terres.
-
- La Charte de l'ONU exige que le Conseil
de sécurité ait un pouvoir de veto sur la menace
ou l'usage de la force. Et cela est censé s'appliquer
à tous les pays. Mais pas à l'Angleterre, qui est
notre chien de garde. Pas à Israël, car c'est une
excroissance américaine. Par contre les pays qui ne sont
pas des excroissances des États-Unis sont supposés
suivre ces règles. Nous avons un grand drapeau qui dit
: le droit international et la Charte de l'ONU ne nous concernent
pas car nous avons les canons et nous allons nous en servir.
Point-barre.
-
- Prenons le Soudan. Les États-Unis
y ont bombardé et détruit une usine pharmaceutique
importante en 1998. En sortait la moitié peut-être
des médicaments du pays. Ils ont plus ou moins reconnu
par la suite qu'ils avaient touché la mauvaise cible.
Mais cela s'appelle de l'antiterrorisme. Ce n'est pas du terrorisme.
Si les extrémistes islamistes détruisaient la moitié
de l'industrie pharmaceutique américaine, nous jugerions
sans doute qu'il s'agirait de terrorisme. Mais parce que c'est
nous qui l'avons fait, on parle de lutte antiterroriste. En réalité,
les exemples de terrorisme américain - rebaptisé
antiterrorisme - se suivent.
-
- Le bombardement de la Libye en 1986,
l'une des pires entreprises de terrorisme international, est
proposé comme exemple de notre lutte contre la terreur.
Les ÉtatsUnis l'ont bombardée, ont tué quelques
douzaines de gens, dont la toute petite fille de Kadhafi. La
justification officielle donnée par le Département
d'État a été qu'il s'agissait d'autodéfense
contre de futures attaques". Ici, nous avons affaire à
de l'autodéfense contre une attaque à venir. C'est
une superbe gifle aux Nations unies et au reste du monde de déclarer
: écoutez, nous ferons comme bon nous semblera. Ils ont
bombardé deux villes sous des prétextes qui ne
le justifieraient pas. C'est ce qu'on appelle le contreterrorisme.
Ce fut la justification officielle. Il s'agit d'un crime de guerre,
en fait. On n'en parle pas, mais l'autodéfense contre
des attaques non encore réalisées est inadmissible.
-
- On pourrait continuer à l'infini.
-
- Sous Clinton, c'est devenu criant.
Clinton a défendu le bombardement initial de l'Irak à
la mi-1993 comme étant un acte d'autodéfense contre
une attaque armée. Quelques Irakiens avaient-ils trempé
- personne ne le sait - dans une tentative d'assassinat manquée
de l'ancien président George Bush. En conséquence
de quoi, deux mois plus tard, nous nous défendons en envoyant
des missiles sur Bagdad.
-
- Qu'en est-il de la Charte des Nations
unies et des questions impliquant la préparation et la
conduite de guerres d'agression ?
-
- La Charte de l'ONU est très
claire et explicite. Elle dit que la menace ou l'utilisation
de la force est illégitime à moins qu'il ne s'agisse
de légitime défense contre une attaque armée.
Si un pays vous envahit, vous avez le droit de vous défendre.
Dans les autres cas, l'usage de la force est légitime
s'il est spécifiquement autorisé par le Conseil
de sécurité après que celui-ci s'est assuré
que des moyens pacifiques seront sans effets. Les États-Unis
n'ont jamais accepté ce principe. Mais ce qui est intéressant
ces dernières années, c'est que leur refus est
public, ouvert, effronté.
-
- Si les ÉtatsUnis et la Grande-Bretagne
veulent utiliser la force, ils le feront. En outre, ils l'ont
fait de la manière la plus insolente qui soit pour démontrer
leur mépris de l'ONU et du droit international. C'est
une manière de dire, aussi clairement que possible : vous
êtes superfétatoire. Le droit international est
superfétatoire. Nous sommes des États voyous. Nous
utiliserons la force et la violence comme il nous plaira.
-
- À mon avis, l'une des raisons
pour lesquelles les États-Unis s'efforcent d'avoir l'air
aussi violents, vindicatifs et incontrôlables que possible
est qu'ils veulent faire peur à l'Europe et aux autres
en leur disant : nous savons que nous ne vous convaincrons pas,
mais dégagez car nous sommes violents et dangereux.
-
- J'ai examiné la presse autant
que j'ai pu : elle exprimait la peur des populations. Le reste
de la planète disait : ces types ont perdu le sens de
la mesure. À qui s'en prendront-ils après ? Il
n'existe plus de garde-fou.
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