Guillaume BIGOT La Guerre
- Avant la guerre du Golfe, nous avions conscience d'être les plus forts. Après la campagne du Kosovo, c'est même reparti comme en 1914: la guerre redevient fraîche, courte et joyeuse. Elle ressemble aujourd'hui à une maladie jusque là incurable que nous aurions terrassée.
- Avec la guerre du Kosovo; on a tué ni trop, ni trop peu. Les frappes ont été délivrées, sans stock inutile de munitions, ni de cadavres. La guerre devait être chirurgicale. Elle le restera mais de même qu'on opère sans ouvrir, on vaincra sans tuer. Dorénavant, nos adversaires ne seront pas seulement militairement défaits mais moralement désarmés. Puisque nous leur laissons la vie sauve, ils n'auront plus le cur à se battre. Pourquoi? Parce qu'à long terme, chers amis, ils seront tous consommateurs!
L'Homme n'est plus la mesure de toutes choses, c'est l'individu, armé de son double décimètre, de sa carte bleue, et de sa zappette, qui devient l'expert géomètre de sa propre existence. Le libre échange, Internet et, si nécessaire, les missiles Tomahawk, finirons bien par les ramener sur le chemin de l'état de droit, du doux commerce et de la paix perpétuelle.- Voici à peine caricaturé, le conte de fées stratégique que l'Occident se raconte pour s'endormir au soir d'un siècle chargé d'horreur.
L'illusion de l'Occident consiste donc à croire qu'a l'avenir, plus aucun état, plus aucune force politique ne lui fera la guerre avec quelque chance de succès. Soyons sérieux: la "guerre" du Golfe, celle du Kosovo furent des opérations de police, tant la disproportion entre forces était flagrante. Si Saddam avait été Hitler, les blindé de Swartzkoff se seraient arrêté à Bagdad, pas avant.
Ainsi, si nous ne craignons plus la guerre, c'est parce que les seuls Etats capables de nous la faire nous ressemblent. Avouons-le: le nouvel ordre mondial ne réussi peut-être pas aux Ruandais mais "sauvageons", "fanatiques", "mafieux", "terroristes" ne représentent pas une menace vitale, totale et implacable.
L'Occidental n'aperçoit plus de raison valable d'aller se faire trouer la peau. Tout au plus, sauver celle de sa femme, du moins s'il n'a pas déjà divorcé. La survie du corps, la somme des plaisirs qu'il procure constituent les seules raisons de vivre. La consommation de masse réduit le coût de la vie mais élève celui de la mort. Individualisme, consumérisme, hédonisme, relativisme imposent une seule réalité psychologique.
Hélas, l'erreur dans laquelle nous nous sommes douillettement installés depuis la fin de la guerre froide est cent fois plus impardonnable que celle de 1914. Car si nous nous trompons, la prochaine sera l'ultime.
Extrait du livre "LES SEPT SCENARIOS DE L'APOCALYPSE" de Guillaume BIGOT.