Paul-Marie Coûteaux

 

L'Europe Fédérale

Quelle curieuse démocratie européenne qui se dispense des obligations les plus élémentaires de la démocratie ! Moins les peuples adhèrent, plus la Commission surenchérit dans la politique du passage en force.

Quand un référendum sur "une nouvelle avancée de la construction européenne" est négatif, on convoque aussitôt les électeurs pour un nouveau scrutin. A l'inverse, quand un traité est signé, on refuse la consultation populaire, de peur d'échouer, et on en minimise le contenu et la portée.

Quelle curieuse administration européenne qui prétend contrôler la moindre facette de la vie des peuples mais n'accepte aucun contrôle de leur part !

Il y a encore peu, cette réalité se lisait entre les lignes. Aujourd'hui, elle s'étale à la vue de tous : il suffit d'ouvrir n'importe quel journal pour constater les multiples signes de cet engrenage infernal.

> Un commissaire bruxellois décide d'infliger à la FNSEA une amende de 16 millions d'euros - soit son budget annuel - pour avoir simplement tenté, avec l'accord du gouvernement de l'époque, de sauver une filière bovine en pleine déconfiture.

> La Cour de justice européenne juge inacceptable la retraite préférentielle pour les mères de famille nombreuse, alors que la France a plus que jamais besoin du renouvellement de ses générations (que ne s'occupe-t-elle des privilèges des fonctionnaires européens qui, eux, ne sont pas près de reprendre à leur compte les prescriptions qu'ils réservent aux autres).

> L'affaire de l'entrée de la Turquie est peut-être la plus grave car elle a montré à quel point la machine s'est emballée. La géographie est niée, la démographie superbement ignorée et l'histoire occultée. Encore récemment, une personnalité politique de premier plan confiait dans un entretien à la presse : "Ah ! vous savez, l'histoire, on peut tout lui faire dire!" Ainsi, reconnaître une différence dans nos moeurs, nos religions, notre niveau de développement économique, notre laïcité, est devenu un acte politiquement incorrect.

Or, comment prétendre réformer les institutions européennes sans avant tout s'interroger sur l'identité européenne et donc sur ses limites géographiques?

Il suffit de lire les propositions de la Commission, de certains petits pays et de quelques conventionnels, pour comprendre, que l'on cherche tout simplement à edifier un nouvel Etat. En y ajoutant l'extension des pouvoirs du Parlement européen et surtout l'élection par lui du président de la Commission, on transforme ce qui n'était qu'un organe administratif en gouvernement d'apparence légitime. Au total, le choix supranational se veut discret. Ainsi, le mot "fédéral" n'apparaît pas dans les textes.

Enfin, en multipliant les domaines, auxquels s'appliquera la majorité qualifiée, on empêche les États de défendre leur souveraineté (ou ce qu'il en restera). Avec moins de 10 % des voix (selon le traité de Nice) et l'élargissement à vingt-cinq pays, nous serons systématiquement mis en minorité. Or, sans la menace du veto, jamais nous n'aurions pu obtenir gain de cause sur l'exception culturelle. Sans lui, nous serions aujourd'hui entraînés dans une logique de guerre ou d'alignement sur les vassaux des Etats-Unis, hélas majoritaires en Europe.

Il est de notre rôle de dire aux Français qu'il ne servirait plus à rien de voter pour leur député, d'élire un président de la République, ni même de manifester dans les rues, car le pouvoir, le vrai, serait définitivement exercé par une entité qu'ils contrôleraient moins encore demain qu'aujourd'hui et sur laquelle ils n'auraient aucun moyen légal de faire pression.

Et les idées de référendums "d'initiative européenne" agitées comme un hochet par les européistes n'y changeront rien : gageons qu'ils veilleront à y introduire des garde-fous tels que le dispositif sera complètement inopérant

Tu le sais comme moi, si la machine s'emballe ainsi c'est parce que l'on ne sait plus où on veut aller. Ne laissons pas mourir la France!

Extrait du livre "NE LAISSONS PAS MOURIR LA FRANCE"
de Paul-Marie Coûteaux et Nicolas Dupont-Aignan. (Fév 2004)