Paul-Marie Coûteaux L'Eldorado Américain
Le thème du mondialisme est une erreur intellectuelle grave: d'abord parce que ce terme recouvre, et masque pour une part, une américanisation du monde dont on a vu les étapes successives.
Quel est ce modèle que nous promet un certain Yves-Thibault de Silguy, l'un des deux commissaires français de la resplendissante Commission de Bruxelles, qui, trônant sur l'incontournable mythe américain de sa génération, déclare tout de go: "Les opposants à l'Euro ne se rendent pas compte que si l'opération réussit, ils connaîtront dans quelques années une prospérité comparable à celle des Etats-Unis".
Puisqu'il est entendu que l'Amérique défriche à notre aimable intention les voies de l'avenir, observons ce qu'il advient d'elle et de ses habitants, en route pour "Au-delà de nulle part":
Sait-on que dans la plupart des écoles Américaines, les cours ne commencent qu'après une longue fouille des élèves - mesure que pourrait envisager M Allègre, si grand admirateur de la civilisation moderne qu'il lui arriva naguère de conseiller aux français de ne plus regarder l'anglais comme une langue étrangère...
Sait-on que, dans cette "jungle des grandes villes" qu'admire Cohn-Bendit, la sécurité n'est assurée qu'au prix d'un armement général de la population (il y a aux Etats-Unis plus d'armes a feu que d'habitants, elles provoquent un meurtre ou un "accident" toutes les 55 secondes). Sait-on que, dans cette Amérique tant admirée, an 1998 la population carcérale atteint le chiffre de 1 768 000 prisonniers, auxquels s'ajoutent 3 263 000 personnes placées sous contrôle judiciaire, soit cinq millions de personnes au total, chiffre trois fois plus élevé qu'en 1980 - soit près de 2% de la population des Etats-Unis (contre 0;26% en France)? Sait-on que le coût de ces prisonniers est si lourd que l'ancien porte-parole du groupe républicain au Sénat, Newt Gringrich, a proposé sans rire, en 1995, "de les enfermer et de jeter les clefs", aimable redécouverte moderniste des camps de concentration? Une autre solution est heureusement en vue, la peine de mort - solution finale certe, mais dont le rythme est encore fort lent : moins d'une exécution par jour...
Au-delà de nulle part... sait-on que, pour prévenir les débordements de violence sexuelle, la Californie, ancien paradis du "flower power", a rendu obligatoire la castration chimique, par injection hebdomadaire, des délinquants sexuels - dont le nombre ne pouvait que croître de façon vertigineuse dans une "civilisation" ou les êtres sont réduits et livrés à l'obsession du corps? Sait-on que la plupart des chefs d'établissement sont désormais autorisés à contraindre les enfants turbulents à avaler des drogues calmantes, les effets secondaires de la plus célèbre, la Retaline, n'ayant toujours pas été étudiés?
Ne prêchons pas par cruauté envers nos anciens cousins d'Amérique, qui, après tout, sont aussi des êtres capables de civilisation : il ne leur manque que de sortir de leur jungle pour l'être tout à fait - au lieu que, hélas ! ils s'y enfoncent chaque année davantage.
On aime le "comparable" mais on s'estimerait en droit de refuser d'aussi radieuses perspectives sans être tenus pour retardés...
Extrait du livre "TRAITE DE SAVOIR DISPARAITRE" de Paul-Marie Coûteaux.