- La gauche s'est toujours
méfiée de voir la thématique de l'ordre
public tuer celle de l'ordre social. Mais les temps ont changé.
Se contenter de ces présupposés théoriques
ne règle rien. La montée de l'insécurité
et de la violence était une réalité incontournable
qu'il fallait traiter comme telle. C'était d'autant plus
important qu'elle touchait au premier chef les plus fragiles
et les couches populaires.
-
- Nous sommes un certain
nombre parmi les élus de banlieue à avoir vu plus
rapidement dériver la situation. Mais hélas!
-
- Place Vendôme,
le discours d' Élisabeth Guigou , relayé par les
"droits-de-l'hommistes" du PS, a tendu très
rapidement à minimiser le problème. La ministre
évoquait sans cesse le sentiment d'insécurité
des Français. Comme si la délinquance était
virtuelle et que nos concitoyens étaient saisis par je
ne sais quelle pulsion irrationnelle. La réalité
était pourtant, bel et bien, la lente et permanente montée
des infractions, délits et crimes. Nier ce que vit la
grande majorité des Français s'est avéré
dramatique.
-
- D'une manière
générale, en ce qui concerne la lutte contre l'insécurité,
nos idées n'ont souvent été appliquées
que de façon expérimentale ou à dose homéopathique.
-
- La fameuse police de
proximité a mis plusieurs années à se mettre
en place et n'a même pas été généralisée.
Ses missions sont restées floues. Du coup, une grande
partie des délits n'est toujours pas élucidée.
Ce qui fait le nid de l'impunité. L'embauche d'emplois
jeunes, qui aurait pu apparaître positive, a été
perçue par de nombreux policiers comme le signe d'une
profonde incompréhension de leur métier et de ses
difficultés.
-
- La mise en place de
la police de proximité avait besoin d'une réelle
adhésion du haut en bas de la hiérarchie. Le dialogue
social, les crédits budgétaires, mais aussi une
écoute plus attentive des agents sur le terrain auraient
dû l'accompagner.
-
- Cette sous-estimation
de l'ampleur des problèmes et l'insuffisance de l'aide
aux victimes ont jeté un lourd discrédit sur ce
que nous avions entrepris. Alors, comment s'étonner ensuite
du divorce entre la gauche et les Français ?
-
- On peut s'étonner
aussi de la loi sur la présomption d'innocence. La plupart
des dispositions de cette loi pouvaient constituer un véritable
saut qualitatif dans le respect des droits de la défense.
C'est d'ailleurs ainsi qu'elle a été accueillie.
Mais pour réussir sa mise en oeuvre, il fallait créer
un nombre considérable de postes. Avant de changer la
loi, Élisabeth Guigou aurait dû remettre d'aplomb
l'institution judiciaire, et sur bien des points la réformer.
- Le manque de moyens
était criant. Aujourd'hui plus personne ne le conteste.
Dans la police comme dans la justice, il aurait fallu commencer
par cela.
-
- Me revient en mémoire
l'un des derniers déjeuners entre ministres à Matignon.
J'évoque devant Lionel Jospin le délai de neuf
mois qui sépare une décision de justice et la première
rencontre du mineur concerné avec l'éducateur de
la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse). Légèrement
agacé, un brin inquiet, il se tourne vers Marylise Lebranchu
: "C'est vrai, ce délai de neuf mois ? - Oui, en
région parisienne, là vraiment on a un problème."
Et cinglant, il rétorque : "On aurait pu me le dire
avant."
-
- À ce moment-là,
j'ai regretté que Lionel n'ait pas pris davantage le temps
de s'immerger dans la France profonde. Les bonnes vieilles tournées
en province ont du bon. Elles permettent de sentir battre le
coeur des Français et de vivre au rythme du pays.
-
- Là où
ils attendaient cohérence, volonté, clarté
dans les choix, le gouvernement donnait l'impression de flotter,
d'osciller entre deux approches. La confiance des Français
s'est de ce fait érodée.
-
- Au-delà du problème
de l'insécurité, il y a aussi le problème
des banlieues et de l'intégration. Pourquoi avoir toujours
eu peur de dire que la délinquance prolifère dans
les zones à fort taux d'immigration, comme le reconnaissait
Malek Boutih ?
-
- L'insécurité
prolifère dans les secteurs où il y a concentration
des problèmes et plus encore lorsque s'installent des
ghettos. Dans les villes, certains quartiers dérivent
en ghettos. Le pacte républicain est menacé. Qui
saura lui redonner force, sens et réalité ? L'enjeu
décisif est, pour notre sécurité mais plus
encore pour notre modèle de société, de
conjurer toute forme de communautarisme en privilégiant
l'urbanité républicaine.
-
- N'oublions jamais que
la justice doit être rendue au nom du peuple français.
Quand le peuple doute de sa justice, ce sont les fondements de
notre démocratie qui sont atteints.
-
- A trop jouer les Zorro,
on peut vite se transformer en sergent Garcia.
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