Thierry Desjardins La Culture
Le Petit Larousse auquel on ne se réfère pas assez souvent est très précis et donne plusieurs définitions du mot "culture".
Culture : ensemble des connaissances acquises, instruction, savoir, manifestations intellectuelles, artistiques, etc., qui caractérisent une société.
Les connaissances; l'instruction, le savoir, les manifestations intellectuelles ou artistiques, c'est, en effet, ce que nous appelions la culture. La culture c'est, au fond, tout ce que les grandes civilisations ont apporté à l'humanité, avec leurs poètes, leurs écrivains, leurs philosophes, leurs artistes, et ce qui permet à chacun d'entre nous, pour peu qu'il ait la chance d'approcher ces cultures, de vivre un peu plus heureux et de comprendre vaguement le sens de notre existence sur terre. Nous sommes tous d'accord là-dessus et tous d'accord pour dire que chacun d'entre nous ne peut que s'enrichir en essayant de connaître les autres grandes cultures de la planète.
Bon. Cela dit, et le Petit Larousse n'en parle pas, ce mot de culture a été "usurpé" récemment par la pensée unique pour définir tout à fait autre chose.
On a ainsi depuis quelques années des études très savantes et tout à fait passionnantes sur "la culture des délinquants", "la culture des illettrés", etc.
Je ne pense pas que nos ethnologues et nos sociologues aient voulu nous faire croire que les délinquants ou les illettrés avaient un "message culturel" à nous offrir pour enrichir le patrimoine de l'humanité. Non, ils ont simplement pris ce mot de "culture" pour parler de tout à fait autre chose que de la culture.
Et le mot, avec ce nouveau sens, est passé subrepticement dans le vocabulaire commun sans même que nous nous en rendions compte. Aujourd'hui, le saccage d'un magasin de grande surface dans une banlieue "défavorisée", les "rodéos du samedi soir", le recours aux drogues dures sont considérés comme des... phénomènes culturels.
Pourquoi pas ? Le tout est de s'entendre sur le sens des mots et de ne pas confondre les homonymes. Certes, il aurait été plus simple de parler des "coutumes" des sauvages, des analphabètes, des voyous ou des gangsters, mais ç'est été sans doute moins "valorisant".
À nous maintenant de ne pas mélanger les deux sens donnés au méme mot.
Cette petite précision des termes faite, voyons ce que nous racontent nos penseurs uniques. On nous dit que la "culture arabe" va rapidement enrichir et "régénérer par son apport extérieur", notre vieille culture européenne à bout de souffle. C'est là, en fait, l'argument massif des défenseurs de le pensée unique.
Naturellement, quiconque oserait se permettre de mettre en doute un seul instant une telle affirmation se verrait illico traiter de... raciste. Pourquoi ? Parce qu'on lui reprocherait de mépriser la culture arabe en question, les procès en sorcellerie ne s'embarrassant jamais de beaucoup de logique.
Et on en arrive ainsi à la premiére escroquerie. Nos immigrés sont-ils... cultivés?
Comment imaginer une seule seconde que ces mineurs de Silésie, ces maçons calabrais ou ces ouvriers à la chaîne andalous qui, poussés par la faim, avaient quitté leurs villages misérables auraient pu nous apporter, dans leurs pauvres valises en carton, une "culture" (au premier sens du terme) à laquelle ils n'avaient jamais eu accès chez eux? Il ne faudrait pas confondre les centaines de milliers de mineurs polonais, de maçons italiens, d'ouvriers espagnols avec Marie Curie, Yves Montand ou Pablo Picasso. Les masses d'immigrés affamés qui débarquent dans un pays pour y être manoeuvres ne sont jamais constitués par des gens "cultivés".
Non, comme le dit Dalil Boubaker, le recteur de la mosquée de Paris : La base de l'immigration, ce sont surtout des paysans, des plaines et des montagnes, de certaines régions de l'est de l'Algérie qui ont fourni de gros contingents de travailleurs, des gens de Sétif, de Batna, d'EI-Hamel, et on ne peut pas dire qu'ils arrivaient avec une formation. Par définition même - et on ne peut que le déplorer - les masses populaires qui quittent leur pays à la recherche d'un travail pour survivre ne peuvent jamais être les ambassadeurs de leur culture car, en fait, ils n'avaient pas eu accës à "leur" culture.
Ceux qui étaient formés allaient dans les villes d'Algérie et trouvaient des emplois qui leur permettaient de se fixer. Les immigrés sont toujours, et avant même d'arriver, un sous-prolétariat, sans formation, sans culture.
Autre évidence : les Maghrébins, ont toujours été très en marge de la vraie culture arabe, aussi bien historiquement que géographiquement. Envahi par les Fatimides puis par les Turcs, le Maghreb n'a une culture arabe que de "seconde main" et, en tous les cas, ce qu'on appelle une "culture de colonisés".
Ne confondons pas, par exemple, la "culture" arabe et les "coutumes" de certains pays arabes. Alain Finkielkraut a tout à fait raison de poser naïvement dans son livre "Défaite de la pensée" cette question : Existe-t-il une culture où d'on inflige aux délinquants des châtiments corporels, où la femme stérile est répudiée et la femme adultère mise à mort, où le témoignage d'un homme vaut celui de deux femmes, où une soeur n'obtient que la moitié des droits de succession dévolus à son frère, où l'on pratique l'excision?
On le voit, l'argument de "l'apport culturel" et de "l'enrichissement intellectuel par l'immigration" ne tient pas la route. Pour ne pas prendre trop de votre temps, je vous épargne tout ce qu'on pourrait dire sur la culture africaine. Je pense que vous serez d'accord avec moi pour reconnaître que le grand continent noir que nous aimons autant l'un que l'autre n'a pas créé une civilisation immortelle dont il faille à tout prit que la planète entière apprenne le message.
Or il faudrait tout de même qu'un jour quelqu'un ait le courage de faire remarquer un certain nombre d'évidences:
Il est évident que la culture arabe est une très grande culture qui a considérablement enrichi le patrimoine culturel de l'humanité. Mais si certains pays arabes, comme l'Égypte ou le Liban, ont encore quelques très grands écrivains, on est bien obligé de constater que ces écrivains sont, pour la plupart, de culture occidentale et qu'ils ont généralement suivi leur scolarité dans des établissements occidentaux. Ce sont les jésuites, les Pères et les universités américaines du Caire ou de Beyrouth qui les ont formés, pas El-Azhar.
La misère économique et culturelle dans lequel croupit le monde arabe depuis quelques siècles prauve d'ailleurs que la culture y est morte, sans quoi les sursauts politiques et le brutal (et éphémère) sursaut économique - provoqué, chez certains, par le pétrole - auraient permis une véritable renaissance du monde arabe.Ce n'est donc pas être "raciste" que de dire aujourd'hui - et pour le regretter - que, pas plus que la culture grecque ou romaine, la culture arabe ne peut rien apporter "de nouveau" à l'humanité tout entière. Elle fait partie du lot de ces grandes cultures du passé.
Autre escroquerie : mis à part pour certaines spécialités culinaires, ayons le "courage" de dire que "nos" Maghrébins ne nous apportent pas la culture arabe, pas plus d'ailleurs que "nos" Polonais, "nos" Italiens ou "nos" Espagnols ne nous ont apporté la culture de leur pays. Les cultures polonaise, italienne ou espagnole n'ont guère de différences avec la nôtre. Ce sont, en vérité, les mêmes cultures, et ça s'appelle tout simplement la culture européenne. Marie Curie, Yves Montand ou Pablo Picasso, les trois grands immigrés qu'on nous ressert à chaque occasion, nous ont apporté leur génie (ou leur talent) personnel, mais ne nous ont rien apporté de "différent" sur le plan culturel. Nous connaissions déjà Chopin, Dante et Cervantès qui étaient presque autant à nous qu'à eux. Allez à Varsovie, à Rome ou à Madrid ou même à Prague, à Heidelberg, à Oxford ou à Liévin, vous verrez qu'on ne s'y sent pas "dépaysé" et que les gens "cultivés" qu'on y rencontre nous ressemblent comme deux gouttes d'eau.
La culture des premiers est morte depuis longtemps et la culture des seconds était, en vérité, la nôtre.
Extraits du livre "LETTRE AU PRESIDENT A PROPOS DE L'IMMIGRATION" de Thierry Desjardins.