Peter Scowen

 

L'Axe du Mal

La premiere guerre du Golfe ne fut pas tant une guerre qu'un combat inégal entre la seule superpuissance mondiale et un pays de taille analogue à celle de la Californie. Elle dura précisément quarante-deux jours. La coalition dirigée par les États-Unis c'est-à-dire, en fait, les forces armées américaines accompagnées de quelques rajouts étrangers - décida que la manière la plus expéditive d'expulser du Koweït les forces irakiennes consistait à cibler les installations militaires et gouvernementales de l'Irak même, ainsi que ses infrastructures civiles telles les usines de traitement d'eau et les centrales électriques.
 
Le pays en ruine, trente-huit jours plus tard, la coalition fit entrer ses troupes terrestres au Koweït et en chassa les derniers soldats irakiens.
Depuis des navires, des batteries de missiles et des avions, les Américains déversèrent sur l'Irak un nombre inquiétant de bombes, c'est le moins que l'on puisse dire. En matière de poids, elles totalisèrent 88 500 tonnes, dépassant ce que les États-Unis avaient déversé sur le Japon durant toute la Seconde Guerre mondiale, exclusion faite des bombes atomiques. Sur deux cent cinquante mille bombes, trois mille furent larguées sur la seule ville de Bagdad.
 
Les États-Unis s'efforcèrent de présenter les lancements de missiles et les bombardements comme des oeuvres de précision militaire qui limitaient les "dommages collatéraux". La télévision était pleine d'images montrant des missiles guidés au laser qui s'écrasaient sur des bâtiments du ministère irakien de la Défense. Mais ces charges explosives dites "intelligentes" ne représentèrent qu'une infime fraction des bombes lancées sur l'Irak; 90 % étaient du type conventionnel, c'est-à-dire des projectiles qui détruisent brutalement tout ce qui entoure le point d'impact. On compte parmi elles des bombes à fragmentation, des Daisy Cutters (effeuilleuses de marguerites) et des Fuel Air Explosive (engin à explosifs gazeux) - il s'agit d'un explosif ultrapuissant qui anéantit tout ce qui se trouve dans un rayon de 15 000 mètres et qui est considéré comme une arme de destruction massive plutôt que comme une bombe de type conventionnel. Les États-Unis utilisèrent aussi en Irak des bombes incendiaires et du napalm. Ils soumirent à un bombardement intensif la ville de Bassora, agglomération de huit cent mille habitants dont ils prétendirent, ce qui était ridicule, qu'elle était un objectif militaire et vide de civils lorsque les bombes l'atteignirent.
 
Et, dans ce qui est probablement la plus ignoble opération de cette guerre, des avions américains bombardèrent et mitraillèrent des soldats irakiens qui se retiraient du Koweït en arborant le drapeau blanc. Des milliers d'hommes furent ainsi massacrés le long de ce qu'on appela "l'autoroute de la mort" (the Highway of Death). A bord du porte-avions USS Ranger, un reporter fit parvenir cette description de l'activité qui régnait à bord au moment où les avions décollaient en direction du lieu d'abattage:
 
"Les frappes aériennes sur les troupes irakiennes en retraite étaient lancées à une telle allure que les pilotes disaient qu'ils chargeaient leurs appareils des bombes qui se trouvaient les plus proches du pont d'envol, peu importait leur type. Les équipages, qui travaillaient aux accents du thème musical "The Lone Ranger", négligeaient souvent les bombes les mieux adaptées parce que leur chargement prenait trop de temps."
 
L'Irak s'étant retiré du Koweït, la guerre était terminée. Les États-Unis ne souhaitaient-ils pas établir un gouvernement de transition ou reconstruire le pays qu'ils avaient détruit. Ils se retirèrent donc, abandonnant de nombreux dissidents qui s'étaient soulevés à l'appel du président Bush, et à qui il ne restait plus qu'à être arrêtés et exécutés par un leader irakien encore bien en selle.
 
Les États-Unis laissèrent derrière eux un pays ruiné, moins apte qu'avant à s'occuper de ses citoyens.
 
Saddam Hussein fut le seul chef d'État étranger à se féliciter des attaques du 11 septembre et donnont un extrait de sa déclaration :
 
"Indépendamment des sentiments humanitaires conflictuels suscités par les événements survenus hier aux États-Unis, il demeure que les États-Unis récoltent ce que leurs dirigeants ont semé dans le monde. Ceux qui considèrent comme précieuse et chère la vie de leur population doivent se souvenir que les vies des populations du monde sont également précieuses et chères à leurs familles."
 
Et voilà qu'en 2002 l'Irak est devenu un membre à part entière de "l'axe du mal" de George W. Bush.

Extraits du livre "LE LIVRE NOIR DES ETATS UNIS"
de Peter Scowen. (4 fevrier 2003)