- Empêcher chacun de s'arracher
à sa destinée par l'effort, comme c'est son droit
le plus élémentaire, voilà qui est spécialement
anti-social, inhumain même!
-
- Avec ses 35 heures, la gauche pensait
bel et bien réaliser une conquête sociale. Mais
elle était dans l'erreur. Profondément. Et pour
une raison toute simple : de même que le contribuable ne
goûte l'allègement de la fiscalité que s'il
paie des impôts, de même le salarié ne goûte
le temps libre que s'il en a besoin. Or, il y a deux excellentes
raisons de ne pas être dans ce cas. Avoir plutôt
trop de loisirs que pas assez - autrement dit, être chômeur.
Ou encore, avoir besoin d'argent plus que de loisirs - autrement
dit, boucler ses fins de mois avec difficulté.
Eh oui! Avec la réduction du temps de travail, la gauche
a insulté deux catégories de Français qui
sont pourtant officiellement, théoriquement, historiquement
au coeur de son électorat.
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- Avec les 35 heures, la gauche a inventé
le Front populaire sans le peuple.
Et même contre le peuple! Nombre de salariés y ont
perdu, eux, un revenu marginal précieux. Dans l'industrie
manufacturière, les accords passés dans le cadre
de la loi sur la réduction du temps de travail ont généralement
institut non seulement le gel des salaires, premier coup dur
pour les salariés, mais aussi et surtout l'annualisation.
Autrement dit, le décompte du temps de travail non par
semaine, mais par année. C'est ainsi que l'employeur peut
leur octroyer des congés supplémentaires. Mais,
en échange, lorsque l'activité de l'usine requiert
plus de travail, les heures ouvrées au-delà de
l'ancien horaire hebdomadaire ne donnent plus droit la surrémunération
qui s'attachait traditionnellement aux fameuses "heures
sup" (payés 25 % à 50 % de plus que le salaire
horaire habituel). Dans l'usine Peugeot de Mulhouse, par exemple,
les délégués syndicaux ont estimé
la perte sèche à un peu plus de cent euros par
mois en moyenne pour chaque ouvrier. Cent euros par mois, quand
on perçoit entre neuf cents et mille euros de salaire
de base, c'est énorme! C'est, tout simplement, le beurre
dans les épinards.
-
- Comment expliquer qu'un gouvernement
de gauche all pris la responsabilité de frapper aussi
durement que huit millions de salarié les moins bien lotis?
Mais la vraie question n'est pas là. Quand bien même
la stratégie du "partage du travail " aurait
porté ses fruits, elle aurait eu le même effet dévastateur
sur l'image des élites auprès du peuple. Car c'était
le concept même qui en était inacceptable pour les
petites gens. Mobiliser le pays au service de la cause sacré
de la lutte contre le chômage soit! Mais "taper"
d'abord les pauvres pour aider les plus pauvres, c'est une autre
histoire. Même altruiste et doté d'une conscience
de classe aiguë, aucun salarié ne peut admettre volontiers
qu'on lui demande de se faire hara-kiri au nom de la réduction
du chômage. A fortiori s'il a du mal à joindre les
deux bouts.
De cette limite, les hiérarques du PS, les députés
de gauche en général, les technocrates de Matignon
ou du ministre du Travail n'ont jamais été conscients.
On pouvait leur citer des exemples, faire et refaire les additions
avec eux calculette en main, leur démontrer sur la base
des accords d'entreprise signés au fil du temps que les
cadres avaient infiniment plus à y gagner que les ouvriers,
rien n'y faisait : pour eux, les 35 heures ne pouvaient qu'être
bonnes pour le peuple puisqu'elles avaient été
conçues comme telles - vieille antienne de la pensée
politique française imperméable au pragmatisme!
-
- Il ne faut pas en vouloir aux journalistes
: la plupart d'entre eux fréquentent surtout des journalistes.
Or, pour la profession, les 35 heures furent une bénédiction.
Déjà très bien lotis en congés payés
auparavant, ils se virent gratifier par les accords signés
dans les entreprises de presse de dix, onze, douze et parfois
quinze jours de repos supplémentaires annuels. Total des
congés payés des journalistes après l'entrée
en vigueur de la loi Aubry : huit a douze semaines. Deux à
trois mois ! N'est-il pas doux de partir en vacances en se disant
qu'on contribue ainsi à la noble cause de la réduction
du chômage ?
-
- Au nom de l'emploi, deux classes de
salariés auront en fait été légalement
instituées le 1er janvier 2000. D'un coté, ceux
qui n'avaient besoin de rien à qui on a octroyé
un temps libre que leurs moyens leur permettaient d'utiliser
pour vivre mieux. De l'autre, ceux qui tiraient déjà
la langue et qu'on a priés de se serrer encore un peu
la ceinture. A tous, enfin, on a fait miroiter - cruel raffinement
- les tentations inaccessibles de consommation se transformant,
sous l'effet du changement de mode de vie des premiers, en une
immense société des loisirs marchands.
-
- Comment s'étonner que le signal
perçu par les chômeurs, les employés à
temps partiel, les petits salariés, ait été
castrateur, humiliant, désespérant, même
? Comment ne pas comprendre le sentiment de révolte de
ceux qui souffrent déjà dans leur fierté
d'un revenu médiocre les confinant aux marges du marché
et qu'un décret souverain applaudi par toutes les élites
vient éloigner encore de la table du festin où
l'on annonce justement un second service gratuit ?
La réduction du temps de travail incarne jusqu'à
la caricature la naïveté coupable d'élites
faisant la malheur du peuple en croyant faire son bonheur.
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